Que faire quand son chéri est en raid sportif (course à pied - VTT - canoë - grimpage à mains nus sur les rochers) avec une bande de potes surmotivés pour tout le week-end, au fin fond de la France (En Charente, pas une Fnac, une salle de concert, un H&M ou un Ikea à moins de 200 km..., je confirme, c'est bien le fin fond de la France.)
Deux solutions :
a) se morfondre devant la télé et compter les heures en attendant le retour du chevalier épuisé sur son fidèle destrier (pardon... VTT),
b) en profiter pour ne voir que des filles (qu'elle qu'elle soit, copines, famille, tous âges confondus du moment qu'on utilise "Elle" pour la désigner) et ne faire que des trucs de filles.
Pas besoin de vous dire quelle option j'ai choisie.
1) Raid concert :
Mon raid "fille" à moi a commencé le vendredi soir. Au programme, concert de ma chanteuse fétiche Alanis Morissette avec ma soeur fétiche Sandra (la seule). Alanis, une chanteuse qui, d'ailleurs, devrait faire à elle seule l'objet d'un article tant j'ai de choses à dire. Belle (malgré ses 15 kg en plus à vue de nez qui a valu dès son arrivée sur scène des "t'as vu ses cuisses ? on dirait des dindonneaux ! " " elle a les bras potelés,non ?... tiens, tu me sors mon sandwich au rôti ?" un peu partout dans la foule). Voix unique, exceptionnelle, offrant une dentition comptant double, voire triple de petits émaux email diamant alignés en rangs d'oignons ("c'est normal d'avoir autant de dents ? " en comptant acrobatiquement dans sa bouche avec le bout de la langue). Energie à couper le souffle ( "il paraît que la coke, ça fait ça..."). Et toujours des paroles de fille moderne décidée à pas se laisser marcher dessus par la gent masculine ("and are you thinking of me when you f.... her ?")
Bref, à part ses blablas de fifilles jalouses fusant de part et d'autres dans la salle, ce fut un concert magique, ennivrant, envoutant...
2) Raid shopping
Reboostée par l'écoute des 4 albums dès le saut du lit, je me prépare pour la deuxième étape de mon raid à moi, le samedi matin : l'épreuve shopping. Avec, accrochez-vous bien, une des épreuves les plus difficiles de la discipline : l'achat annuel du maillot de bain. Je dis annuel car chaque année, je perds le haut ou le bas de celui acheté il y a deux ans. L'accouchement, les ruptures, la ménopause sont une bonne partie de rigolade à côté de cela, non ? Pour m'accompagner dans cette épreuve, il me fallait bien le soutien de ma maman, de ma soeur et de ma nièce, 54, 32 et 2 ans, histoire d'avoir un avis intergénérationnel. Arrivées à la boutique, nous nous lançons dans le choix DU modèle 2008, celui dont j'aurais perdu le haut ou le bas en 2010, si mes calculs sont bons. Entre le modèle bandeau qui "fait des seins de vieilles jusqu'au genou" dixit maman, le faux deux pièces rallié par une bande de tissu sur le ventre qui te fait "une paire de fesses si tu manges une tomate cerise au repas du midi" dixit ma soeur, et le modèle avec des fraises à strass qui fait penser à "chaôtôfène" dixit Nina (comprendre Charlotte aux fraises dans son langage), je reste pantoise... A l'unanimité, nous optons pour un modèle classique triangle légèrement rembourré pour éviter le syndrome du pointage après le bain à 16°C. Couleurs sobres, qui s'accorderont aussi bien au sac de plage, aux lunettes de soleil, au doré abricot du bronzage ou au rouge écrevisse couvert de biafine. Dans ma cabine, je m'emmêle dans les cordelettes des 4 tailles de haut et des 8 tailles de bas que j'ai décidé d'essayer. Je maudis cette cabine feutrée rose bonbon qui fait ressortir cellulite et vergetures. Et je supplie ma mère de tenir le rideau de la cabine avec ses deux mains pour ne pas subir l'humiliation du regard de la vendeuse qui aurait deviné mes mensurations en un clin d'oeil, déjà assez inquiète de ce qui se trame derrière le rideau.
Rouge écarlate, en nage, rhabillée comme l'as de pique, je passe finalement en caisse et cette souffrance me coûte 35 euros. Si peu de tissu pour tant d'euros. Mais au moins, c'est fait !
3) Raid ciné
Comme le dit le vieil adage : après l'effort, le réconfort ! Pour me remettre de mes émotions, ma mère et ma soeur (comme je les aime) décident donc de poursuivre la journée par un ciné. Avec avant toute chose, passage obligé au stand de glaces Haggen Däazs avec supplément de noix de pécan, de chocolat, noisettes et chantilly qui font mal aux cuisses mais bien aux papilles... et au moral. On se déculpabilise en le disant tout haut, d'ailleurs. Evidemment, nous choisissons THE film de fille par excellence : sex and the city. Le noir se fait. Pas besoin de réfléchir, on oublie les soucis du quotidien, les problèmes existentiels de calories et maillots de bain. On rit, on pleurt, on sourit, on pleurniche... Mais on s'en fiche : c'est ça qu'on veut avec ce genre de film.
4) Raid beauté
Le lendemain, je me suis occupée de ma petite poire à moi. Ce qui veut dire : bain avec sels marins à la verveine et bon bouquin, suivi d'un gommage total du corps, épilation nickel de partout où il faut (objectif je serai plus belle qu'Ariel, la petite sirène), pealing du visage, masque hydratant, épilation des sourcils à la loupe et lumière du jour. Shampooing après-shampoing et masque anti-casse, puis brushing. Sans oublier manucure et pédicure dignes d'une apprentie CAP esthétique (oui, j'ai quand même pas le niveau d'une pro, même si je me débrouille pas mal). Je me sens bien. Prête à affronter l'avant dernière épreuve du raid.
5) Raid soirée filles
Allô Alex ? Allô Néno ? Ce soir, c'est soirée filles à la maison ! Pas besoin d'en dire plus, on sait que ça commence vers 20h30, qu'il ne faut rien ramener, sauf ce que la copine invitante oubliera forcément (on le devine, quand on se connaît bien). Et évidemment, le passeport pour la soirée, c'est les nounours en chocolat (toujours au lait, en petit paquet de 200 grammes ou pot familial d'1 kilo). On se met à l'aise, on se raconte ses dernières histoires (bêtises des enfants, dispute avec chéri pour chaussettes qui trainent, Est-ce que Carry a bien fait de retomber dans les bras de Big, nouvelle collègue hystérique bien décidée à nous prendre notre place - déjà pas très glorieuse- , flirt douteux avec inconnu rencontré sur ne net de la copine d'une voisine qui l'a répétée à la copine de bureau de la cousine, coût du melon chez Champion, désert sentimental...) Tous les sujets méritent attention, débat thèse antithèse synthèse...). Et THE sujet du moment : le mariage. Non, pas le mien, mais celui d'Alex qui nous provoquent, à nous, ses deux témoins, des inquiétudes quant aux tenues, à la déco, à la disposition des tables, aux faire-part, aux dragées etc. Ainsi se termine mon raid filles. Avec mes deux amies géniales. Ca finit tard, très tard, dans la rue, en marchant à pas de loups pour essayer de surprendre les crapauds qui font un boucan de tous les diables, dans le petit cours d'eau qui traverse la ville. Et si on en attrape un, Néno, promis, il se transformera en ce prince charmant tant attendu qui viendra t'enlever en pleine nuit, sur son fidèle destrier (ou sur son VTT)...